vendredi 15 avril 2005
Nous sommes peut-être frères
La période actuelle que nous vivons demande à ce que ces paroles circulent...
En 1854, le président des U.S.A. fit savoir aux Indiens des plaines
du nord-ouest que le gouvernement proposait d'acheter leur terre.
Les Indiens, premiers habitants de l'Amérique, y ayant toujours vécu en harmonie avec la nature, ne purent jamais s'opposer à cette "conquête".
Seattle, le Chef de la tribu prononça un discours en réponse à la proposition d'achat du gouvernement. Discours prophétique auquel se joignirent au fils des ans et des générations d'autres voix indiennes et plus lointaines pour prolonger celle de Seattle en un écho universel.
Aujourd'hui, encore et toujours, cette réponse vient à nous comme une leçon d'écologie et de vie, c'est à dire de sagesse.
Aussi voici les paroles du Chef Seattle.
Le Grand Chef Blanc, à Washington, nous salue avec de l'amitié et de
la bonne volonté. Ceci est gentil de sa part, car nous savons qu'il n'a
pas beaucoup besoin de la nôtre, d'amitié.
Il nous fait savoir qu'il veut acheter notre terre et nous laisser une réserve pour y vivre sans encombre.
Cette
offre paraît juste et même généreuse, car l'Homme Rouge n'a plus de
droits à faire valoir face à l'Homme Blanc qui peut venir avec ses
fusils.
Mais, comment pouvez-vous acheter ou vendre le ciel, la chaleur de la terre?
L'idée nous paraît étrange.
Si nous ne possédons pas la fraîcheur de l'air et le miroitement de l'eau, comment pouvez-vous les acheter?
Chaque parcelle de cette terre est sacrée pour mon peuple.
Chaque
aiguille de pin luisante, chaque rive sableuse, chaque lambeau de brume
dans les bois sombres, chaque clairière et chaque bourdonnement
d'insecte est sacré dans le souvenir et l'expérience de mon peuple.
La sève qui coule dans les arbres transporte les souvenirs de l'Homme Rouge.
Les morts des Hommes blancs oublient le pays de leur naissance lorsqu'ils s'en vont se promener parmi les étoiles.
Nos mors n'oublient jamais cette terre magnifique, car elle est la mère de l'Homme Rouge.
Nous sommes une partie de la terre, et elle fait partie de nous.
Les fleurs parfumées sont nos soeurs; le cerf, le cheval, le grand aigle, sont nos frères. Les crêtes rocheuses, les sucs dans les prés, la chaleur du poney, et l'homme : tous appartiennent à la même famille.
Aussi, lorsque le Grand Chef à Washington envoie dire qu'il veut acheter notre terre, demande-t-il beaucoup de nous.
Le
Grand Chef envoie dire qu'il nous réservera un endroit de façon à ce
que nous puissions vivre confortablement entre nous. Il sera notre père
et nous serons ses enfants. Nous considèreront, donc, votre offre
d'acheter notre terre, mais ce ne sera pas facile. Car cette terre nous
est sacrée.
L'eau scintillante qui coule dans les russeaux et les rivières n'est pas seulement de l'eau mais le sang de nos ancêtres.
Si
nous vous vendons notre terre, vous devez vous rappeler qu'elle est
sacrée, et vous devez apprendre à vos enfants qu'elle est sacrée et que
chaque reflet spectral dans l'eau claire des lacs parle d'évèenements
et de souvenirs dans la vie de mon peuple. Le murmure de l'eau est la
voix du père de mon père.
Les rivières sont nos soeurs: elles étanchent notre soif, portent nos canoës et nourrissent nos enfants.
Si
nous vous vendons notre terre, vous devez vous rappeler, et l'enseigner
à vos enfants, que les rivières sont nos soeurs, et les vôtres, et vous
devrez alors montrer pour les rivières la tendresse que vous montreriez
pour une soeur.
Nous savons que l'Homme Blanc ne comprend pas nos moeurs.
Pour
lui, une parcelle de terre ressemble à la suivante car c'est un
étranger qui arrive dans la nuit et prend à la terre ce dont il a
besoin.
La terre n'est pas sa soeur, mais son ennemie, et, lorsqu'il l'a conquise, épuisée, il va plus loin.
Il abandonne même la tombe de ses aïeux, et cela ne le tracasse pas.
Il
traite se mère, la terre, et son frère, le ciel, comme des choses à
acheter, piller, vendre, comme les moutons ou les perles brillantes.
Son appétit dévorera la terre et ne laissera derrière lui qu'un désert.
Nos moeurs sont différentes des vôtres.
La vue des vos villes fait mal aux yeux de l'Homme Rouge. Mais
peut-être est-ce parce que l'Homme Rouge est un sauvage et ne comprend
pas.
Il n'y a pas d'endroit paisible dans les villes de l'Homme
Blanc. Nul endroit pour entre les feuilles se dérouler au printemps, ou
le froissement des ailes d'un insecte.
Mais peut-être est ce parce que je suis un sauvage et ne comprends pas?
Le
vacarme semble seulement insulter les oreilles. Et quel intérêt y a
t-il à vivre si l'himme ne peut entendre le cri solitaire de
l'engoulevent ou les palabres des grenouilles autour d'un étand la nuit?
Je suis un Homme Rouge et ne comprends pas.
L'Indien préfère le son doux du vent s'élançant comme une flèche à
la surface d'un étang, et l'odeur du vent lui-même, lavé par la pluie
de midi, ou parfumé par le pin pignon.
L'air est précieux à l'Homme
Rouge, car toutes choses partagent le même souffle: la bête, l'arbre,
l'homme, tous partagent le même souffle.
L'Homme blanc ne semble pas
remarquer l'air qu'il respire: comme s'il mettait plusieurs jours à
expirer, il est insensible à la puanteur.
Mais, si nous vous vendons
notre terre, vous devrez vous rappeler que l'air nous est précieux,
qu'il partage son esprit avec tout ce qu'il fait vivre.
Le vent qui a donné à notre grand-père son premier souffle, a aussi reçu son dernier soupir.
Et
si nous vous vendons notre terre, vous devrez la garder à part et la
tenir pour sacrée, comme un endroit où même l'Homme Blanc peut aller
goûter le vent adouci par les fleurs des prés.
Nous considèrereons donc votre offre d'acheter notre terre. Mais si nous décidions de l'accepter, j'y mettrais une condition: l'Homme Blanc devra traiter les animaux de cette terre comme ses frères.
Je suis un sauvage et ne connais pas d'autre façon de vivre.
J'ai
vu un millier de bisons pourrissant sur la prairie, abandonnés par
l'Homme Blanc qui les avait abbatus d''un train qui passait. Je suis un
sauvage et ne comprends pas comment le cheval de fer fumant peut être
plus important que le bison que nous tuons, nous, uniquement pour
subsister.
Qu'est ce que l'Homme sans les bêtes?
Si toutes les bêtes disparaissaient l'homme mourrait d'une grande
solitude de l'esprit. Car ce qui arrive aux bêtes, arrive bientôt à
l'homme.
Toutes les choses se tiennent.
Vous devez apprendre à
vos enfants que le sol qu'ils foulent est fait des cendres de nos
aïeux. pour qu'ils respectent la terre, dites à vos enfants qu'elle est
enrichie par les vies de notre race.
Enseignez à vos enfants ce que nous avons toujours enseignés aux
nôtres: que la terre est notre mère. Et que tout ce qui arrive à la
terre, arrive aux fils de la terre.
Si les hommes crachent sur le sol, ils crachent sur eux-mêmes.
Nous savons au moins ceci: la terre n'appartient pas à l'homme; l'homme appartient à la terre.
Cela nous le savons.
Toutes les choses se tiennent, comme le sang qui unit une même famille.
Toutes les choses se tiennent et tout ce qui arrive à la terre, arrive aux fils de la terre.
Ce
n'est pas l'homme qui a tissé la trame de la vie: il en est seulement
un fil. Tout ce qu'il fait à la trame, il le fait à lui-même.
Même l'Homme Blanc, dont le Dieu se promène et parle avec lui comme deux amis ensemble, ne peut être dispensé de la destinée commune.
Après tout, nous sommes peut-être frères.
Nous verrons bien.
Il y a une chose que nous savons et que l'Homme Blanc découvrira peut-être un jour: c'est que notre Dieu est le même Dieu. Il se peut que vous pensiez maintenant le posséder mais vous ne pouvez pas. Il est le Dieu de l'Homme, et sa pitié est égale pour l'Homme Rouge et le Blanc.
Cette terre lui est précieuse, et nuire à la terre c'est accabler de mépris son créateur.
Les Blancs aussi disparaîtront. Peut-être plus tôt que toutes les autres tribus.
Contaminez votre lit, et vous suffoquerez une nuit dans vos propres détritus.
Mais
en mourant vous brillerez avec éclat, ardents de la force de Dieu qui
vous a amenés jusqu'à cette terre et qui, pour quelque dessein
particulier, vous a fait dominer cette terre et l'Homme Rouge.
Cette destinée est mystère pour nous, car nous ne comprenons pas.
Quand les bisons seront tous massacrée, les chevaux sauvages
domptés, les coins secrets de la fprêt chargés de l'odeur de beaucoup
d'hommes et la vue des collines en pleines fleurs ternies par des fils
qui parlent...
Alors, où seront les fourrés?
Disparus.
Où sera l'Aigle?
Disparu.
Et cette disparition marquera la fin de la vie et le début de la survivance.
Un peu plus sur Chef Seattle...
Son père, Schweabe, était un noble Suquamish de Agate Pass et sa mère, Sholitza, était Duwamish de lower Green River. D'après certains chercheurs il serait né en 1786 à Blake Island, une petite île au sud de Brainbridge Island, pendant les terribles épidémies, héritage des pionniers blancs, qu'anéantissaient les populations indigènes.
Quand il avait 20 - 25 ans Seattle est nommé chef de six tribus, titre que lui fut reconnu jusqu'à sa mort.
Après la mort d'un de ses fils (d'un second mariage, sa première femme meurt à la naissance de leur fille Angelina), il est baptisé par l'église catholique, probablement par des pères oblats (dans les registres il est inscrit comme Noë Siattle). Ses autres enfants furent également baptisés.
Grand chef indien des tribus Dumawish et Suquamish
il
est connu en particulier pour son discours de 1854 lors de négociations
avec le gouvernement des Etats-Unis, dans lequel il exprimait son refus
de vendre les territoires indiens.


